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five peers
Journal · Ce qu'on peut prouver

« Vous êtes la moyenne des 5 personnes » : est-ce vrai ?

La phrase circule depuis quarante ans sans source. Voici ce qu'on peut établir, ce qui est discuté, et ce qu'un dirigeant peut en faire.

Ce qu'on peut prouver · 6 min de lecture
D'où vient la formule ? De Jim Rohn (1930-2009), conférencier américain. Ce n'est pas le résumé d'une étude : aucun travail publié n'établit un effet de moyenne sur exactement cinq personnes. Le chiffre cinq n'a aucune origine expérimentale.

Ce que la formule n'est pas

Il n'existe pas d'expérience derrière « les cinq personnes ». Ni le nombre, ni l'idée de moyenne arithmétique de vos traits, ni la promesse qu'en changeant cinq contacts vous changeriez de niveau. C'est une formule de conférence, efficace parce qu'elle est simple, et elle se cite depuis quarante ans sans que personne ne demande la source.

La recherche qui s'en approche, et ce qu'elle dit vraiment

Le travail sérieux le plus proche est celui de Christakis et Fowler sur la cohorte de Framingham : ils ont décrit la diffusion, dans un réseau social, de l'obésité (2007), de l'arrêt du tabac (2008) puis du bien-être déclaré (2008), avec une portée qu'ils estiment à trois degrés de séparation. Ce n'est déjà pas la même affirmation : il s'agit de la propagation de comportements dans un réseau, pas d'une moyenne qui se ferait sur cinq personnes.

Et cette recherche est contestée

La critique méthodologique est sérieuse et il faut la dire. Cohen-Cole et Fletcher ont montré en 2008 qu'en appliquant la même méthode on obtient des résultats absurdes : l'acné, les maux de tête et même la taille paraissent « contagieux ». Shalizi et Thomas ont ensuite établi qu'avec des données d'observation de ce type, on ne peut généralement pas séparer la contagion de l'homophilie, c'est-à-dire du simple fait que les gens qui se ressemblent se fréquentent. Lyons a porté une critique plus dure encore sur l'analyse de réseau elle-même.

Se ressembler et s'influencer produisent les mêmes courbes. C'est tout le problème.

Ce qu'il reste, et qui suffit

On ne peut pas affirmer que vous devenez la moyenne de cinq personnes. On peut affirmer quelque chose de plus modeste et de plus utile : votre entourage décide de ce que vous voyez passer. Les options qu'on vous nomme, les objections qu'on ose vous faire, les comparaisons qui vous servent de repère, tout cela vient de personnes précises. Ce n'est pas une contagion mystérieuse, c'est de l'exposition à l'information, et elle se choisit.

Pour un dirigeant, la conséquence est nette. Autour de vous se tiennent surtout des gens qui dépendent de vous : équipes, prestataires, conseils que vous payez. Aucun n'a intérêt à vous contredire longtemps. Le problème n'est pas que vous glissiez vers leur moyenne, c'est que personne ne vous apporte l'objection que vous n'avez pas eue.

La question à se poser, plutôt que la formule

Voir aussi la loi des cinq et la solitude du dirigeant en chiffres.

Note éditoriale Five Peers. Sources nommées dans le texte : Christakis et Fowler (2007, 2008) ; Cohen-Cole et Fletcher (2008) ; Shalizi et Thomas (2011) ; Lyons (2011). La formule de Jim Rohn n'a pas de source scientifique.

Cinq façons de raisonner qui ne sont pas les vôtres, convoquées sur une décision précise.

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